Il semble que la
bourgeoisie soit à l’origine de cette mésaventure. Car selon Fanon la
bourgeoisie nationale des pays colonisés doit favoriser le développement du
pays à l’aide des techniques apprises lors de son passage dans les universités
coloniales. Puisque ce n’est pas le cas, l’économie tourne au ralenti, rien ne
change. Cette économie locale s’appuie sur la récolte des produits vivriers, l’exportation
des matières premières : « on continue à se faire les petits
agriculteurs de l’Europe, les spécialistes de produits bruts. »
Ayant tirés des
bénéfices (très maigres d’ailleurs) la bourgeoisie les dépense en apparats
(villas, voitures…) ou les place dans des banques étrangères. Elle est donc un
pion pour le néo-colonialisme. Mais cela va plus loin car la bourgeoisie veut
la place du colon pour profiter des bénéfices de la néo-colonisation. Les
masses copiant les leaders cherchent à se débarrasser des africains non
nationaux : on verra par exemple des congolais chasser des sénégalais de
leur pays. Ce racisme/tribalisme, Fanon l’explique par la peur : la peur
de perdre quelque avantage que ce soit. On comprend donc pourquoi la communauté
internationale rit lorsqu’elle entend parler « d’unité africaine » et
que la bourgeoisie est un caillou dans la chaussure du développement.
Selon Fanon, pour
développer le pays, il faudrait nationaliser le secteur tertiaire et intéresser
les masses à la gestion des affaires publiques – là on parle de politique. La
politique doit servir à conscientiser le peuple, à le former. Cela prendra du
temps certes, mais ce temps sera rattrapé dans l’exécution proprement dite, car
chacun connaissant les enjeux s’y donnera (au développement) corps et âme. Une
précision importante : quand on parle de la masse, on parle surtout des
habitants des régions rurales qui vivent mieux la condition précaire du pays.
Fanon invite les dirigeants à « fuir la capitale comme la
peste » et s’installer justement à région rurale ; ceci leur
permettra de toucher du doigt les réalités et de décentraliser la gestion du
pays.
« Le parti est un instrument entre les mains du peuple. »
« Etre responsable dans un pays sous-développé c’est savoir que tout repose en définitive sur l’éducation des masses, sur l’élévation de la pensée. »
Parlant également
de l’armée, Fanon préconise que l’armée ne soit pas un corps de métier, un
chemin de carrière ; car en absence de guerre ils sont désœuvrés et
peuvent menacer le pouvoir. Il recommande plutôt que chaque citoyen valide
puisse à tout moment intégrer une unité combattante car en cas de guerre, c’est
la nation entière qui se bat et travaille.
Et Fanon de conclure en ces termes :
« Aucun leader quelle que soit sa valeur ne peut se substituer à la volonté populaire et le gouvernement national doit, avant de se préoccuper de prestige international, redonner dignité à chaque citoyen, meubler les cerveaux, emplir les yeux de choses humaines, développer un panorama humain parce qu'habité par des hommes conscients et souverains. »

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