Nous parlerons ici du premier chapitre de l’œuvre de Fanon intitulé « De la violence »

De prime à bord Fanon nous fait comprendre que la décolonisation est un phénomène aussi violent que la colonisation. Non pas une violence qui permettra d’être à l’égal du colonisateur mais une violence qui permettra de prendre sa place. Patrice Lumumba, figure emblématique de l’indépendance du Congo belge et premier Premier Ministre du Congo parlerait de souveraineté.

La colonisation quant à elle est décrite comme en compartiment ; non pas comme ceux qui se complètent mais plutôt ceux qui s’opposent. D’un côté, le colon qui a droit aux villes propres et aux écoles et de l’autre le colonisé qui vit dans des endroits mal famés, des villes de nègres et de bicots.
Pour pousser le vice plus loin, le colon fait du colonisé un sous-homme, un animal. Il est déclaré sans éthique ni valeur et même pire, la négation des valeurs. Bref le noir est le mal absolu.

Plus tard, le colon sentant sa domination diminuer, décide de mener un combat non plus physique et tyrannique mais culturel et technique. Or le colonisé ne s’en préoccupe pas à cet instant ; le plus important pour lui étant sa terre – la terre. Malcom X tenait des propos similaires lors de ces discours : toute révolution est violente, se fait dans le sang et a pour centre d’intérêt la terre.



L’intellectuel issu de la colonisation est sans s’en rendre compte dans un esprit de vivre-ensemble avec le colon. De cet état esprit, il voudra donc calmer le jeu, organiser une décolonisation pacifique et ralentir le rouleau compresseur de la révolution populaire. Car pour la population, « le vrai c’est ce qui précipite la dislocation du régime colonial, ce qui est mal pour le colon est bien pour nous. »

De son côté, le colon se rendant bien compte que la fin est proche multipliera les manœuvres de dissuasion (arrestation et exécution des leaders). Mais cela renforce l’agressivité des populations. Donc « aujourd’hui les gouvernements savent qu’il est très dangereux de priver les masses de leur leader. »

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence »

Etant informé que d’autres populations luttent pour leur indépendance, le colonisé s’en retrouve galvanisé (surtout par la victoire des vietnamiens à Dien-Bien-Phu de 1954). Cela est une mauvaise nouvelle pour les colons et pour éviter d’autres Dien-Bien-Phu, colons va réaliser des décolonisations de masse et en chaîne (on a pu observer cela dans les colonies l’Afrique centrale et de l’ouest).


  • De la violence dans le contexte international
Ici, Fanon nous explique que la violence ne situe pas seulement au niveau de la lutte au sein du pays pour la fin de la colonisation mais aussi au niveau des pressions extérieures violentes mises en places par les colonies. Cette oppression est pour lui visiblement une forme de violence.

Effectivement Fanon observe qu’après l’indépendance les colonies retirent leurs capitaux, leurs techniciens et laissent la colonie se débrouiller seule tout en lui exerçant une forte pression économique. D’autres nations accepteront les conditions de la colonie pour éviter ces tourments. Ceci montre la confrontation initiale qui était le capitalisme face au socialisme, le colonialisme face à l’anticolonialisme perd de son importance. Le problème qui barre l’horizon est « la nécessité d’une redistribution des richesses. L’humanité, sous peine d’en être ébranlée, devra répondre à cette question. »

On se rend compte que ni le capitalisme, ni le socialisme ne peuvent être des solutions durables. Le nouvel indépendant doit donc penser par lui-même, refaire son éducation, réétudier son sous-sol, ses richesses ; bref se réorganiser de lui-même. Mais la plupart de ces travaux herculéens sont impossibles sans la technique et les capitaux.

« La vérité est que nous ne devons pas accepter ces conditions. Nous devons carrément refuser la situation à laquelle veulent nous condamner les pays occidentaux. (..) » Oui car après le seconde guerre mondiale, toute l’Europe avait scandait : l’Allemagne doit payer. Et jusqu’à nos jours l’Allemagne paie des tribus au peuple juif en compensation de la shoah.

Ainsi, donc l’aide des pays coloniaux ne doit pas être une aide de charité mais « la consécration d’une double prise de conscience : prise de conscience par les colonisés que cela leur est dû, prise de conscience par les puissances capitalistes qu’effectivement elles doivent payer. » surtout qu’ils pourraient étouffer avec toutes ces richesses.

Et Frantz Fanon de conclure le chapitre en ces termes :
« Le tiers-monde (...) ce qu'il attend de ceux qui l'ont maintennu en esclavage pendant des siècles, c'est qu'ils l'aident à réhabiliter l'homme, à faire triompher l'homme partout, une fois pour toutes. 
Mais il est clair que nous ne poussons pas la naïveté jusqu'à croire que cela se fera avec la coopération et la bonne volonté des gouvernements européens. Ce travail colossal qui consiste à réintroduire l'homme dans le monde, l'homme total, se fera avec l'aide décisive des masses européennes qui, il faut qu'elles le reconnaissent, se sont souvent ralliées sur les problèmes coloniaux aux positions de nos maîtres communs. Pour cela, il faudrait d'abord que les masses européennes décident de se réveiller, secouent leurs cerveaux et cessent de jouer au jeu irresponsable de la Belle au bois dormant. »