Ce livre est le résultat d'une promesse faite par Hampaté Bâ a un aîné, celui de raconter son histoire.

Un homme bon mais indiscernable qui savait se sortir des situations compliquées. Mais également un homme d'une seule parole. Notons que Wangrin est un nom utilisé afin de voiler l'identité du personnage principal – telle était son intention.

Wangrin est né en pays Bambara. A sa naissance le Komo annonça à son père « que son fils se singulariserait et brillerait dans la vie, mais qu'il n'avait point vu sa tombe au cimetière de ses ancêtres. Cette prédiction laissait entendre que Wangrin mourrait à l'étranger, loin du pays natal ». Dieu des
forgerons, le dieu Komo est le plus grand du Mandé. Lorsque le forgeron « Maître du Komo » revêt sa tenue rituelle et le masque support du dieu, il devient l'incarnation du dieu Komo lui-même et lorsqu’il parle, il fait des prédictions.

Wangrin durant son enfance a été initié aux us et coutumes de son peuple (Bambara). Il est allé à l'école coloniale puis a travaillé pour les colons dans le plus haut poste qu'un indigène pouvait espérer, vu qu'il était très brillant en plus d’être rusé.

Lors de son initiation il a choisi pour dieu-protecteur Gongoloma-Sooké qui est un dieu très complexe et je dirai fait les choses à l'envers. Ce dieu est le dieu des contraires et de la fourberie – il insulte ceux qui lui font du bien et béni ceux qui lui font du mal, rit aux enterrements et pleure aux naissances…
Wangrin avait également choisi ce nom – Gongoloma-Sooké – comme un de ses surnoms.

Lors de sa circoncision on lui prédit qu'il réussirait dans sa vie et on lui annonça également quand son déclin commencerait. La prédiction fût la suivante : 

« Toi, mon cadet, tu réussiras dans ta vie si te fais accepter par Gongoloma-Sooké [...]. Je ne connais pas ta fin, mais ton étoile commencera à pâlir le jour où N'tubanin-kan-fin, la tourterelle au cou cerclé à demi d'une bande noire, se posera sur une branche morte d'un kapokier en fleur et roucoulera par sept cris saccadés, puis s'envolera de la branche pour se poser à terre, sur le côté gauche de ta route. À partir de ce moment tu deviendras vulnérable et facilement à la merci de tes ennemis ou d'une guigne implacable. Veilles à cela, c'est là mon grand conseil ».

Nous pouvons nous arrêter là car cette prédiction résume à elle seule son histoire – donc ce livre – mais apportons quelques précisions.


Wangrin prend fonction et se fait des amitiés. Il se trouve un griot, Kountena qui le guide et l'aide dans ses entreprises. A ces débuts Wangrin rencontre de l’hostilité, il est insulté continuellement par l'interprète du commandant – son bras droit. Wangrin promet de se venger et après plusieurs alliances scellées qui lui garantissaient du soutien, il est prêt à contre-attaquer.

Racoutié l'interprète, un ex-combattant pousse le bouchon loin et insulte Wangrin en public. Celui-ci réplique verbalement puis à coup de poings après s'être fait gifler par deux fois. L'affaire est réglée à l'amiable et classée mais Racoutié subi toujours l'humiliation de sa bastonnade en public au point de demander affectation. Il sera remplacé par Wangrin au poste d’interprète.

Wangrin jouissait des avantages d'interprète et avait tissé un puissant réseau de renseignements, son rythme de vie avait augmenté, il vivait dans le bonheur, au point de devenir plus égoïste de jour en jour.
Son égoïsme l'a poussé a volé. Attrapé et conduit en justice sa fourberie lui a permis de s'en tirer, non sans conséquence. En effet Wangrin est affecté à 500km de son poste actuel ; malgré une augmentation de grade, cette nouvelle est une calamité pour lui, car il est loin de son terroir, sa poule aux œufs d’or.

Au cours de son voyage il est hébergé par un des confrères (bambara et interprète) mais son orgueil et sa jalousie prennent le dessus. Il envie la richesse de son hôte au point de lui promettre ouvertement de tout faire pour prendre son poste. Ce qu'il fait avec brio. Wangrin s’enrichit de plus en plus, de ruse en ruse, il fut promu à plusieurs reprises à des postes plus importants. Au sommet de sa richesse et de sa gloire, il ouvra un lieu de plaisir : café, restaurant, cabaret…

Cet investissement le rendit encore plus riche car il ne désemplissait jamais de riches commerçants, noirs comme blancs venus de partout. Il reçut également plusieurs médailles fruits de ses bons et loyaux services.

Malgré ses affaires florissantes et son soleil au zénith, Wangrin finit par faire faillite et fût dépouillé de ces biens. Les signes annonçant sa chute eurent lieux exactement tel que prédit. Il mourut tout seul, un soir 
d'orage après s'être retrouvé accidentellement dans un ravin.

Malgré sa fin tragique, Amadou Hampaté Bâ tient à rappeler que Wangrin fut un grand homme au grand cœur, qui était d’une grande intégrité morale d’une hospitalité sans pareille. Nul doute là-dessusselon les témoignages recueillis par l’auteur.

Après lecture, une question se pose : Avons-nous tous un destin prédéfini ? Sinon s'agit-il juste de quelques personnes ?